Jeepers Creepers (2001)

Réalisé par : Victor Salva

Ecrit par : Victor Salva

Avec : Justin Long, Gina Philips, Jonathan Breck

Dans quelle mesure peut-on dissocier un artiste de son œuvre ? Il s’agit d’une question cruciale mais ô combien épineuse lorsqu’il s’agit d’y répondre. Elle est pourtant on ne peut plus légitime lorsque l’on aborde le sujet Jeepers Creepers. En effet, il est de notoriété publique que son créateur, Victor Salva, a été condamné, en 1989, à une peine de quinze moins de prison pour abus sexuels perpétrés sur l’un des jeunes acteurs de son précédent film, Clownhouse (1989). Dès lors, comment faut-il considérer les œuvres de Monsieur Salva, et donc Jeepers Creepers ? Faut-il les boycotter, les bannir du patrimoine cinématographique et les enterrer bien profondément jusqu’à oublier leur existence ? Ou au contraire faut-il tenter de dissocier l’homme de l’œuvre, et considérer le film indépendamment de tout élément extérieur ? Je le disais, il s’agit là d’une problématique plutôt complexe. Je suis en effet tiraillée entre le dégoût extrême que m’inspirent les personnes telles que Monsieur Salva, et l’attachement affectif que je ressens pour ce film. Pour écrire cette critique, j’ai choisi, un peu lâchement, peut-être, de revenir en 2001, à l’époque où j’ai découvert avec fascination Jeepers Creepers, sans connaissance aucune des enjeux éthiques que soulevait la sortie de ce film…

L’année scolaire terminée, Trish et son frère Darry, tous deux étudiants, entreprennent de regagner la maison familiale. Mais ce qui s’annonçait comme une sympathique virée en voiture va vite prendre une tournure bien plus dramatique. Alors qu’ils roulent tranquillement, leur véhicule est percuté par un poids lourd à l’aspect sinistre. Quelques temps plus tard, Darry et Trish aperçoivent le conducteur de ce même camion jeter, dans une espèce de canalisation sous-terraine, ce qui ressemble fortement à un corps emmailloté dans un drap. Pour Darry, aucune hésitation n’est permise : ils doivent aller voir ce qu’il en est. Le frère et la sœur ne se doutent pas alors que ce qu’ils vont découvrir les mènera au fin fond de l’horreur…

Allons voir ce qui se trouve dans ce tunnel !

Tout d’abord, le concept du film est très intéressant : une créature qui se réveille tous les vingt-trois printemps, durant vingt-trois jours, pour se nourrir, et choisit ce qu’elle va grignoter chez sa victime grâce à l’odeur de sa peur, c’est juste assez original et dérangeant pour attirer l’attention d’un spectateur rompu aux films d’horreur. Un tel concept s’accompagne forcément d’une ambiance glauque, malsaine, qui est très bien rendue ici et parvient à merveille à plonger le spectateur dans un profond malaise.

D’une part, le personnage du Creeper est vraiment très effrayant, de par ses attaques silencieuses qui semblent aussi inévitables qu’imparables. Une fois que la chasse est lancée, il est impossible de fuir ou de se cacher, il vous trouvera. Le film est terrifiant dans son ensemble, que ce soit sur la route, d’abord, où Trish et Darry ont affaire à ce vieux camion délabré qui semble leur chercher misère sans raison apparente, ou encore dans le repaire du Creeper, avec ces corps nus embaumés tapissant les murs. Pour tout vous dire, j’ai vu ce film en plein après-midi, alors qu’un beau soleil brillait à l’extérieur, sur le petit poste de télévision du salon familial, et pourtant… il m’a fiché une sacrée trouille !

L’effrayant Creeper

D’autre part, si le film fonctionne si bien, c’est également grâce à ses personnages, finement écrits et tout aussi subtilement interprétés par Justin Long (Tusk, Drag me to Hell) et Gina Philips (Dead & Breakfast, Dark Memories). Leur relation frère/sœur, en plus d’être réaliste, est on ne peut plus sympathique. On s’attache à eux très rapidement, on tremble pour eux et on a juste envie qu’ils s’en sortent. De plus (et c’est loin d’être le cas dans beaucoup de films d’horreur), on comprend véritablement les choix et les motivations qui les guident. Il ne s’agit pas ici bêtement de personnages pas très futes-futes qui vont se jeter dans la gueule du loup sans raison, juste pour les besoins du scénario. Et pourtant, il faut souligner le fait que tout, ici, nous est livré à demi-mot, au détour d’une conversation. Et c’est là un atout du film : rien ne nous est transmis « de force », les dialogues, subtiles, coulent naturellement et sont porteurs de tout ce dont nous avons besoin pour cerner et apprécier les personnages. Justin Long est très naturel et rend son personnage tout de suite attachant.

Il ne me reste plus qu’à évoquer la fin, hyper saisissante, à vous glacer le sang. Je ne vais évidemment pas la dévoiler ici, mais sachez qu’elle vous restera en tête longtemps après le visionnement. La chanson « Here Comes The Boogey Man », flippante à souhait, qui défile durant le générique de fin, n’est pas étrangère à cela. En parlant de chanson, attendez-vous à ne plus pouvoir entendre « Jeepers Creepers » de Paul Witheman sans frémir d’horreur.

Poussez-vous ! J’arrive !

Sachez enfin que le film a engendré deux suites. Jeepers Creepers 2, en 2003, dégageait une ambiance déjà bien différente, mais restait tout de même un divertissement tout à fait acceptable. Mais que dire de Jeepers Creepers 3 (2017) !!!  OH.MON.DIEU. Ce film n’est ni fait ni à faire. J’ai douté tout du long qu’il s’agissait bien d’une suite officielle et non pas d’une petite production amateur réalisée par un fan pas très doué. Tout y est complètement raté, incohérent, mal fait, ridicule. Une énorme déception, donc.

A présent, il ne vous reste plus qu’à décider en votre âme et conscience si vous choisissez de regarder ce film et donc de le considérer indépendamment des crimes commis par son créateur, ou au contraire de le boycotter afin de ne pas cautionner la carrière d’une personne qui ne mériterait pas de continuer à réaliser des films. A vous de juger, donc.

 

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