You Should Have Left (2020)

Réalisé par : David Koepp

Ecrit par : David Koepp, d’après un roman de Daniel Kehlmann

Avec : Kevin Bacon, Amanda Seyfried, Avery Essex

Cela fait belle lurette maintenant que j’ai appris à accueillir les productions Blumhouse avec grande méfiance. Au départ promesses de renouveau et de jolie surprises (Paranormal Activity (2007), Insidious (2010), Creep (2014), Oculus (2013), The Visit (2015), Hush (2016) pour ne citer qu’eux), elles sont aujourd’hui le plus souvent sources de déception (Invisible Man (2020), Get Out (2017), The Hunt (2020)), voire même carrément d’indignation : Truth or Dare (2018), Insidious : The Last Key (2018), The First Purge (2018), Happy Death Day 2 You (2019), Black Christmas (2019), Nightmare Island (2020) -j’en passe et (pas) des meilleurs- figurent parmi les pires films que j’aie pu voir ces dernières années. Ainsi, lorsque les premières critiques (loin d’être dithyrambiques) de ce You should have left sont tombées, je n’étais pas vraiment rassurée, mais étant toujours d’avis de laisser sa chance au produit, je me suis lancée dans son visionnage. Alors, déçue ?

Theo Conroy, marié à Susanna, une jeune actrice, et père de la petite Ella, est un homme troublé : en plus de soupçonner sa jeune épouse de lui être infidèle, un drame survenu dans son passé continue de lui pourrir la vie aujourd’hui encore, faisant de lui un paria aux yeux des personnes qu’il côtoie. Espérant retrouver un peu de paix, le couple s’installe pour quelques semaines dans une maison de location isolée, située au pays de Galles. Là, Théo se met à faire des cauchemars de plus en plus fréquents, et remarque des détails troublants dans la maison. Lorsque Susanna et lui finissent par réaliser qu’aucun d’eux n’a en fait trouvé et réservé la maison, la vie de Théo bascule véritablement en enfer…

Tout d’abord, j’aimerais commencer par la véritable force du film : ses acteurs. Tous trois sont excellents, aussi bien Kevin Bacon qu’Amanda Seyfried (que je n’apprécie pourtant que très moyennement), mais surtout l’adorable Avery Essex, d’un naturel confondant dans le rôle de la petite Ella. Concernant Kevin, je dois avouer que j’ai mis du temps à l’apprécier à sa juste valeur. Ce n’est qu’avec la série The Following (2013) que j’ai pris conscience de son immense talent et de son charisme indéniable. Il apporte une touche d’humour et de fragilité bienvenue au personnage de Théo qui, campé par un acteur moins talentueux, n’aurait pu être qu’un énième mari jaloux sombrant peu à peu dans la paranoïa. De plus, il forme avec Avery Essex un duo particulièrement attachant. On croit sans mal à leur relation père-fille, et on prend plaisir à voir cette petite famille, dont on se sent immédiatement proche, vivre sous nos yeux. Les paroles qu’ils échangent sont fluides, bien écrites, souvent drôles, et ne semblent jamais forcées.

Par ailleurs, les décors dans lesquels ils évoluent (la maison et ses environs) sont particulièrement réussis. La demeure, avec ses multiples recoins, ses longs couloirs de briques nues, et son architecture plus que singulière et pour le moins austère, sied parfaitement à l’histoire, sans avoir besoin d’en faire trop.

Les tenants et aboutissants de l’histoire qui s’y déroule prennent forme peu à peu sous nos yeux. La construction de l’intrigue se fait subtilement, au goutte à goutte. Chacune des informations données au spectateur est implicite, et c’est à celui-ci d’inférer pour comprendre réellement les enjeux qui se mettent en place sous ses yeux. Quel genre de relation Théo et Susanna entretiennent-ils ? Quel drame Théo a-t-il vécu, et pourquoi se sent-il jugé par ses semblables où qu’il aille ? Y a-t-il véritablement une force obscure dans cette maison, ou tout cela se jouerait-il dans l’imagination du père de famille ? Ce sont autant de questions que l’on se pose et auxquelles une réponse sera habilement fournie au fil du récit.

Pour terminer, le fin mot de l’histoire pourra paraître un peu bateau pour certains, mais en ce qui me concerne, je l’ai trouvé parfait : habilement construit, très pertinent, et surtout extrêmement touchant. Selon moi, le final choisi fait sens à tous les niveaux, et répond parfaitement à toutes les questions que l’on a pu se poser durant le film. D’aucuns affirmeront l’avoir vu venir depuis des siècles, mais ça n’a pas été mon cas. A mes yeux, You should have left est une petite réussite, ayant réussi à la fois à m’intriguer, me captiver et m’émouvoir.

Vais-je pour autant accorder à nouveau toute ma confiance à Blumhouse ? Rien n’est moins sûr. Le deal conclu il y a peu avec Amazon Prime Video (huit films inédits diffusés sur la plateforme dans les prochains mois) changera-t-il la donne et redorera-t-il le blason de Jason Blum ? Je l’espère de tout cœur.

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