Color out of Space (2019)

Réalisé par : Richard Stanley

Ecrit par : Richard Stanley, Scarlett Amaris, d’après une nouvelle de H.P. Lovecraft

Avec : Nicolas Cage, Joely Richardson, Madeleine Arthur, Elliot Knight, Julian Hilliard

Avant de le voir, j’étais très méfiant envers le film Color out of Space. D’un côté, il s’agissait d’un film tiré d’une nouvelle de H.P. Lovecraft dont j’adore les histoires. D’un autre côté, il était réalisé par Richard Stanley, cinéaste de Hardware (1990) que je n’ai jamais vraiment apprécié. Et pour finir, les quelques-uns à avoir vu Color out of Space lors d’un festival avaient affirmé que le film était parfait pour ceux qui avaient aimé Mandy (2018, lire critique ici) que j’ai détesté. Bref, j’avais envie de voir ce nouveau film de Stanley, mais j’étais persuadé que je n’allais pas aimer. Après l’avoir vu, force est d’admettre que j’avais raison de ne pas m’emballer.

Vivant depuis peu dans une maison à la campagne, les Gardner assistent à la chute d’un météore dans leur jardin. Curieux au départ, ils se rendent vite compte que le caillou tombé de l’espace n’a rien d’ordinaire. La famille devra mener une lutte acharnée pour ne pas sombrer dans la folie…

Bon, j’exagère un peu : le film n’est pas sans qualités. Tout d’abord, même s’il s’agit d’une adaptation assez libre de la nouvelle de Lovecraft, le style et la mise en scène réussissent à rendre hommage à l’écrivain. L’horreur cosmique, sous-genre propre à Lovecraft, dans lequel on nous montre une science ou une magie d’un autre monde, terrifiant et inconnu, est très bien représenté. Stanley utilise également certains effets pour évoquer une couleur jusqu’ici inconnue de l’Homme, et c’est franchement réussi.

De plus, la première moitié du film tient en haleine. Des sous-intrigues intéressantes s’installent, et rien n’indique où les scénaristes vont nous emmener. On apprend que le père de famille tient une ferme d’alpagas et a du mal à tout gérer, que la mère a un cancer et qu’elle gère ses clients comme elle peut malgré une connexion internet foireuse, que l’aîné est un amateur de cannabis et passe son temps chez le voisin et que la sœur est une sorcière. Autant d’éléments qui sont jetés à la poubelle au fur et à mesure que l’intrigue avance.

Ces omissions ne sont que le début des problèmes d’un scénario qui semble écrit par quelqu’un qui passe du coq à l’âne dans le but de défier toute logique. A la moitié du film, une mésaventure affecte la famille et celle-ci ne s’en remettra pas. A partir de cette scène, les actions des personnages deviennent illogiques et complètement absurdes. Par exemple, après cette scène qui se déroule la nuit, il est évident que les personnages devraient aller chercher de l’aide. Or, ils attendent le matin pour essayer de démarrer la voiture et se rendre à l’hôpital. Plus tard encore, deux des protagonistes prennent la décision de fuir la maison familiale mais décident de le faire… plusieurs heures plus tard ! Pourquoi ??? Pourquoi ne pas partir tout de suite ? C’est incompréhensible ! On a même envie que les personnages principaux meurent tant leurs décisions sont ridicules. Pourtant, je suis le premier à défendre certaines actions irrationnelles dans les films d’horreur. En effet, qui sait comment quelqu‘un agirait dans une situation de stress intense, face à un tueur ou à un monstre ? Mais il ne faut pas dépasser certaines limites, que Color out of Space défonce. Comment prendre au sérieux un personnage qui dit : « La couleur ne nous laissera jamais partir » s’il n’a même pas pris la peine d’essayer ?

Par ailleurs, Richard Stanley devrait engager un dialoguiste parce qu’aucun de ses dialogues n’est juste. Les protagonistes débitent leurs phrases sans tenir compte de ce que les autres disent. Ils n’ont aucune interaction, on dirait qu’ils jouent tous dans un film différent. Par exemple, le personnage de l’aîné parle du météore qui affecte le temps (phrase sortie de nulle part, en passant) et sa sœur enchaîne avec une phrase qui n’a rien à voir, et qui a pour effet de reléguer l’intervention du frère aux oubliettes.

Pourtant, ce n’est pas la faute des acteurs. Sans fournir de performances exceptionnelles, ils font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont. D’aucuns défendront le travail de Nicolas Cage (Mandy, Mom and Dad), mais il n’est qu’une parodie de lui-même. Alors qu’il offre habituellement des performances assez éclatées mais nuancées, ici, nous n’avons droit qu’à un surjeu digne des pires acteurs. Il parle tout seul, crie au milieu de ses phrases et arbore un regard fou comme on l’a vu faire mille fois.

Sinon, les effets pratiques sont plutôt réussis et rappellent The Thing (1980) de John Carpenter. Ce serait parfait si on ne nous balançait pas également des effets CGI tellement laids qu’on se croirait dans un énième chapitre de Sharknado.

Certains fans de Richard Stanley crieront au génie en voyant ce film. D’autres, qui sont fans de Lovecraft, se délecteront des visuels propres à l’auteur qui sont bien présents. Pour ma part, j’aurais préféré un scénario qui se tient.

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